L'exposition raconte comment les artistes du 19e et du début 20e siècles ont mis en image l’histoire, des grandes scènes historiques à la mythologie, des thèmes bibliques à la caricature.
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Longtemps célébrée puis éclipsée par les avant-gardes, la peinture d’histoire renaît aujourd’hui comme un précieux témoin des idéologies et des imaginaires d’un siècle qui a façonné notre monde.
Pour cette exposition, le musée des Beaux-Arts sort de ses réserves des toiles inédites, notamment de grands formats, restaurées pour l’occasion. Elles sont dévoilées au public dans une scénographie qui recrée l’atmosphère du Salon du 19e siècle.
L’Histoire est le grand sujet du 19e siècle.
Elle devient une véritable discipline scientifique avec le développement des universités modernes. Des historiens comme Jules Michelet ou Augustin Thierry acquièrent une large notoriété.
Dans le même temps, l’Histoire passionne le grand public : elle triomphe au théâtre avec les drames de Victor Hugo et connaît un immense succès en librairie avec des romans historiques comme Ivanhoé (1819) de Walter Scott. Par ailleurs, les gouvernements européens cherchent à ancrer la nation dans un passé ancien, souvent fantasmé. Les historiens construisent de grands récits nationaux, que les peintres traduisent en images afin de transmettre au public une mémoire et une conscience communes.
Codifiée par l’Académie royale de peinture et de sculpture dès le 17e siècle, la peinture d’histoire est considérée comme le genre le plus prestigieux car elle traite de sujets bibliques ou mythologiques et demande une solide culture aux artistes. Mais, à partir de la Révolution française et de la période napoléonienne (1789-1815), les peintres délaissent peu à peu les thèmes antiques ou religieux pour représenter les grands événements politiques de leur temps.
L’histoire contemporaine entre alors pleinement dans la peinture d’histoire. De la guerre franco-prussienne de 1870 à la colonisation, certains artistes cherchent à proposer un récit national glorieux, tandis que d’autres montrent la réalité crue des événements.
Dans les années 1920 émerge le mouvement de la peinture coloniale, qui s’attache à représenter la vie quotidienne des territoires sous domination française. Ces œuvres reflètent les fantasmes occidentaux d’un monde exotique et paisible, tout en édulcorant la violence réelle de la colonisation.
Exposées au Salon annuel à Paris, ces peintures séduisent le grand public par leur inventivité et leur grandiloquence, mais sont progressivement délaissées par les critiques et amateurs d’art qui leur préfèrent des œuvres plus intimistes, d’une facture plus moderne. L’État, soucieux de soutenir cet art exigeant, achète massivement ces peintures historiques pour enrichir les collections des musées parisiens et de province, tels que le musée des Beaux-Arts de Tours.
Tombées en désuétude avec l’arrivée de la modernité en peinture, ces œuvres ont longtemps été reléguées en réserves pour laisser place aux mouvements d’avant-garde, des Impressionnistes jusqu’à l’art abstrait. Aujourd’hui, ces œuvres apparaissent comme des témoins précieux de leur temps et nous aident à comprendre le 19e siècle, fondateur de notre monde contemporain.
En introduction à l’exposition, une série de dessins préparatoire pour le tableau Boissy d’Anglas saluant la tête du député Féraud exécuté par Jean-Baptiste-Auguste Vinchon en 1831 sont exceptionnellement sortis des réserves.
Cette sélection, mené par des étudiantes et un étudiant en Master 2 Histoire de l’art à l’université de Tours, participe à la mise en valeur d’une partie du très riche fonds d’arts graphiques de cet artiste.. A l’occasion du séminaire Pratique de l’exposition, les élèves, accompagnés par l’équipe du musée et leurs professeurs, ont participé à la conception partielle de cette salle sur «la fabrique de la peinture d’histoire» pour donner à comprendre la conception de l’œuvre par l’artiste, des premiers croquis d’ensemble aux études de figures.
AUTOUR DE L’EXPOSITION
L’Hypothèse des doublures / Peindre l’Histoire
En contrepoint de l’exposition, le musée a invité le plasticien Pierrick Naud à investir ses collections pour offrir une déambulation au sein du parcours permanent.
S’immergeant dans les œuvres d’ici et d’ailleurs, Pierrick Naud compose des œuvres graphiques, notamment au fusain, et des céramiques. Il façonne des figures à la fois fantomatiques et familières. Créatures hybrides nichées au sein de paysages fantastiques, ses personnages nous interpellent par leur humanité mutagène, décomposée et recomposée sous le fusain de l’artiste. Nourri de mythologies personnelles comme des grands sujets de l’histoire de l’art, ce théâtre poétique convoque l’ironie sombre de Goya autant que le sens dramatique de Shakespeare.