Description
Venez découvrir deux expositions présentées dans le cadre des Rencontres d’Arles à l’abbaye de Montmajour.
Cette année encore, l’Abbaye de Montmajour accueille deux expositions photographiques dans le cadre des Rencontres de la photographie d’Arles. Dans le réfectoire, le public est invité à découvrir l’exposition « Méditerranée, est-ce là que l’on habitait ? » de la photographe française Anne-Lise Broyer. À travers une approche sensible et poétique, l’artiste interroge les traces, les mémoires et les paysages méditerranéens.
Dans la salle capitulaire, place à l’univers de la photographe Ayana V. Jackson avec son exposition « La bonne nouvelle n’est pas annoncée au sommet des montagnes mais dans les clairières ». Son travail propose une plongée puissante dans les récits, les représentations et les imaginaires historiques.
Méditerranée, est-ce là que l’on habitait ? — Anne-Lise Broyer
Connue pour ses photographies à forte dimension littéraire, Anne-Lise Broyer interroge ici la Méditerranée comme espace de mémoire, de géographie et d’imaginaire. À cette question ouverte, elle répond par un vaste ensemble d’images en gris sourd, où se confrontent constamment réalité et perception.
La Méditerranée devient à la fois point de départ et ligne de fuite, mer de récits, de voyages et de mythes, une mer originelle autant que funèbre. Les horizons maritimes, presque abstraits, rythment la série et dialoguent avec des ruines anciennes et contemporaines.
Partie de Carthage, l’artiste déploie un regard en errance, reliant des lieux chargés d’histoire et de strates culturelles : Alger, Beyrouth, Tipasa, Baalbek, Pompéi, Marseille ou encore Césarée. Dans ce mouvement oscillant entre douceur et brutalité, son travail tisse une forme d’élégie visuelle, reliant temporalités anciennes et contemporaines.
Dans un contexte contemporain saturé de tensions, cette œuvre invite à la suspension et au retrait, à l’adoption d’une posture de veille. De cette position naît une force singulière : celle d’un regard ouvert sur l’indéterminé, le possible, et ce qui demeure en suspens.
À travers son exposition, Anne-Lise Broyer propose une lecture sensible et poétique du bassin méditerranéen, en résonance avec les questionnements du projet : mémoire des territoires, circulations des récits et superpositions des temporalités. “Méditerranée, est-ce là que l’on habitait ?” s’inscrit dans la Saison Méditerranée portée par l’Institut Français, un programme qui met en lumière les regards contemporains portés sur cet espace à la fois géographique, historique et symbolique.
La bonne nouvelle n’est pas annoncée au sommet des montagnes mais dans les clairières — Ayana V. Jackson
Cette exposition de Ayana V. Jackson s’organise autour d’une idée fondatrice déjà inscrite dans son titre : quitter les sommets de l’histoire, là où s’imposent les récits des vainqueurs et où s’accumulent les traces de domination, pour se déplacer vers les clairières, des espaces ouverts où d’autres vies persistent, se développent et avancent obstinément vers leur propre émancipation.
En entrant dans le réfectoire de l’Abbaye de Montmajour, vous découvrirez You Forgot to See Me Coming, une série de portraits équestres qui revisite des figures historiques et marginalisées : Mary Fields, Amelio Robles, les Adelitas de la révolution mexicaine, ou encore Selika Lazevski, écuyère noire ayant marqué la France du XIXe siècle. À partir de fragments d’archives, l’artiste se met en scène et réactive ces présences oubliées.
Dans la série Hidden in Plain Sight (American Simulacrum), de nouvelles œuvres prolongent cette réflexion. L’artiste y apparaît vêtue de costumes ornés de symboles qui évoquent les croisements entre héritages africains, européens et autochtones dans les Amériques. Par cette incarnation, elle rend visibles des identités hybrides et des pratiques culturelles souvent invisibilisées pourtant pleinement actives dans ces « clairières » évoquées par le titre.
Le motif du cheval, central dans cette série, porte lui-même une histoire de circulations et de transformations. Introduit en Amérique par la colonisation espagnole, mais nourri d’échanges plus anciens issus d’Al-Andalus, il a été réapproprié et transformé par les cultures autochtones et afrodescendantes.
À l’opposé, Intimate Justice in the Stolen Moment adopte un ton plus intérieur et silencieux. L’artiste y représente des femmes noires dans des moments de repos, d’introspection et de légèreté. Un visuel absent des archives historiques, où ces vies ont souvent été réduites à la violence, à la servitude ou à leur mise en spectacle.
À travers l’ensemble de l’exposition, Ayana V. Jackson ne cherche pas à combler les silences de l’histoire, mais à en ouvrir les archives. Elle fait affleurer le passé dans le présent, en proposant une autre lecture de la liberté, pas comme une conquête révolue, mais comme une revendication continue, toujours à défendre et à réaffirmer.