Festival de la narration en plein air (38ème édition). Spectacles enfants adultes, expositions thématiques, itinérances, librairie, randonnée contée...
Thématique 2026
"L'humain n'a pas de racines, il a des pieds"
Dans l’univers de la narration, qu’elle soit orale ou écrite, la métaphore du voyage demeure l’une des plus puissantes.
Depuis des millions d’années, nous marchons. La terre porte les traces profondes de nos migrations ancestrales, qu’elles aient été inspirées ou imposées.
Nous avons appris à nous battre contre les frontières naturelles, à nous affranchir des distances, de l’attachement exclusif à un lieu, à un groupe, à des références sociales ou historiques. Nous avons appris à parler la langue de l’autre. Nous nous sommes construits par étapes imprévisibles, et aucune de ces étapes n’est plus fondatrice qu’une autre.
Une histoire courte mais édifiante illustre bien le propos de cette 38ᵉ édition.
C’est celle d’un fils de travailleur immigré, arrivé récemment au pays. Il demande à son père : " Que dois-je répondre père, quand on me demande d’où l’on vient ? ".
Et le père lui répond : " Dis-leur que nous venons de nulle part, ou de n’importe où, ou de quelque part, ou de partout. Dis-leur que nous sommes des êtres fictifs, des imposteurs, des réplicats, des métamorphes. C’est-à-dire : nous sommes comme eux. " (1)
Nous avons aussi dû apprendre à nous battre contre les frontières humaines, pour pouvoir traverser librement les continents et trouver, quelque part, un lieu où nous poser — pour un temps fini ou infini. " Ce combat conditionne la réussite du voyage, et la mise en échec possible des gardiens des frontières, qui ne cessent de nous dire : On ne passe pas ! " (2), " On ne piétine pas nos racines ! ", par crainte que notre présence bouscule les certitudes.
Alors, pendant ce festival, au gré des récits de voyage, de migration, d’émigration, de course, de marche, de dérive, de fuite, d’exode, de transhumance et d’incursion, — récits que certains portent dans leur cœur et d’autres jusque dans leur sang — il nous semble important de rappeler deux choses : d’abord, que nous ne sommes décidément pas des plantes ; ensuite, que " c’est le déplacement qui nous crée, car nous sommes bel et bien le fruit des frontières que nous traversons ".
Johannes Melsen Dirart
Librement inspiré des travaux de :
(1) Salman Rushdie, " La maison Golden ", Éditions Actes Sud, 2018,
Lettres anglo-américaines, Traduit de l'anglais par Gérard Meudal
(2) Salman Rushdie, " Franchissez la ligne ", Essai, Éditions 10/18, 2005