Description
Dans le cadre du Bicentenaire de la Photographie, La matière du temps se construit comme une expérience de l’image au moment où elle cesse d’être surface de représentation pour devenir trace, durée, …
Dans le cadre du Bicentenaire de la Photographie, La matière du temps se construit comme une expérience de l’image au moment où elle cesse d’être surface de représentation pour devenir trace, durée, matière en transformation.
Le projet prend appui sur la Verrière du Centre d’art contemporain Les Tanneries, espace long et vitré, traversé de lumière, où l’architecture industrielle — charpente métallique, parois transparentes, ouverture continue au ciel — met en jeu une relation directe au temps. La lumière y circule, glisse, traverse, et produit au sol un dessin instable d’ombres. Ce motif, toujours en déplacement, jamais identique, devient le point de départ du travail.
L’exposition s’engage à partir de cette oscillation : entre apparition et disparition, entre forme et effacement. L’image n’y est pas fixée, elle est envisagée comme un champ de variations, un espace poreux où l’ombre, la matière et la mémoire se confondent. Elle ne se donne pas comme résultat, mais comme processus — une forme en train de se faire, de se défaire, de se transformer.
Dans la Verrière, les œuvres composent un ensemble suspendu, à la fois continu et fragmenté. Elles rejouent le passage entre horizontalité et verticalité, entre empreinte et structure. L’installation ne se stabilise jamais : elle reste traversée par la lumière, l’air, les déplacements, les conditions mêmes du lieu. Ce qui apparaît est toujours en train de se déplacer.
Dans la Petite Galerie, un ensemble d’œuvres prolonge cette recherche autour de l’image comme surface sensible. Recouvrement, altération, fragmentation, glissement de la forme vers la matière : autant de gestes qui déplacent la photographie vers un état instable, où elle ne cesse d’être traversée par ce qui la déborde.
La place du public s’inscrit dans une logique de circulation qui prend racine dans une résidence menée en amont au sein du centre d’art. Cette résidence ouvre un espace d’expérimentation prolongé en relation avec le territoire et différents publics. À travers ateliers, rencontres et workshops, elle ne relève pas d’un dispositif de médiation périphérique mais d’un prolongement direct de la recherche : des gestes, des échanges, des matières mises en circulation qui participent à la construction même du projet.
Dans ce champ élargi, la présence des publics prolonge et déplace l’expérience des œuvres. Par leurs déplacements, leurs perceptions, leurs rythmes d’attention, ils activent les espaces. Rien n’y est extérieur : tout participe d’un même champ de relations, où les conditions de visibilité, de lecture et d’émergence ne cessent d’être réajustées.
La matière du temps poursuit ainsi une recherche où l’image se déconstruit pour devenir matière. Elle ne cherche pas à fixer la mémoire, mais à fabriquer les conditions de son apparition : dans la lumière, dans la trace, dans l’instabilité des formes.
Ce qui se donne à voir n’est jamais pleinement lisible. Cela oscille, se déplace, se défait. L’exposition propose ainsi une traversée de l’image comme matière vivante — toujours en train de se recomposer.