Découvrez la programmation artistique et culturelle du Cyclop pour cette année 2026 !
La programmation artistique Ă©laborĂ©e pour la saison 2026 au Cyclop ouvre la voie Ă des questions sur la fragilitĂ© de la libertĂ© dâexpression, sa force contestataire autant que son illusoire universalitĂ©.
Ă travers des moyens dâexpression variĂ©s â numĂ©rique, dessin monumental, performance, vidĂ©o et musique â, les artistes conviĂ©.e.s tissent un dialogue sensible entre rĂ©sistance, crĂ©ation et censure.
LĂ©na Turist, tout juste diplĂŽmĂ©e de lâESAAIX, invite le public Ă confectionner des drapeaux, tels des fragments textiles dâidentitĂ©s plurielles, portĂ©s ensuite lors dâune performance collective. Ces Ă©tendards, cousus de voix et de mains, dĂ©placent la question de lâexpression vers le faire-ensemble, lĂ oĂč la libertĂ© devient une expĂ©rience partagĂ©e, Ă©phĂ©mĂšre mais vibrante.
Pour initier ces manifestations performatives, LĂ©na Turist sâappuiera sur une sĂ©rie dâateliers destinĂ©e Ă tous les Ăąges et emmĂšnera les publics dĂ©filer dans la ville de Milly-la-ForĂȘt et au Cyclop.
Le collectif russe ĐŃЎа ĐДгŃŃ ĐĄĐŸĐ±Đ°ĐșĐž (OĂč courent les chiens), figure de lâart numĂ©rique contemporain, poursuit cette rĂ©flexion au moyen dâĆuvres immersives qui dĂ©tournent les outils technologiques du contrĂŽle pour en faire des instruments dâĂ©mancipation. Leurs installations sâinspirent des mĂ©thodes de surveillance et cherchent les frontiĂšres invisibles du discours libre dans un monde saturĂ© dâalgorithmes et de pouvoir politique. Leur univers poĂ©tique et critique Ă©voque un territoire oĂč la libertĂ© ne peut exister quâĂ travers le code, le pixel et la fiction. Natalia Grekhova, Olga Inozemtseva et Alexey Korzukhin se sont aujourdâhui exilĂ©s Ă Ljubljana en SlovĂ©nie, positionnĂ©s ouvertement contre lâinvasion de lâUkraine par la Russie, contre les rĂ©pressions politiques en Russie et le nationalisme sous toutes ses formes.
La projection du film Un rĂȘve plus long que la nuit de Niki de Saint Phalle prolonge cette rĂ©flexion dans une dimension mythologique et fĂ©ministe : lâartiste y affronte la violence du monde Ă travers une poĂ©sie visuelle qui fait de lâimaginaire un refuge contre la domination.
Le Cyclop sâassocie au CinĂ©-Club de lâassociation Sismique de Milly-la-ForĂȘt pour promouvoir cette Ćuvre de 1976, remasterisĂ©e en 2025, dont le dĂ©cor nâest autre que Le Cyclop et les villages environnants. Une projection-dĂ©bat est prĂ©vue en avril 2026 dans le nouveau cinĂ©ma classĂ© Art & Essai de Milly-la-ForĂȘt.
Quentin Spohn dĂ©ploie sur dâimmenses bĂąches ses dessins minutieux et enivrĂ©s de symboles. Entre caricature et fresque, ses compositions mettent en scĂšne les tensions entre idĂ©aux collectifs et dĂ©rives autoritaires. Son geste graphique, quasi obsessionnel, devient acte de rĂ©sistance, une tentative de redonner au dessin la puissance politique de la fresque murale. Câest lâHommage Ă Mai 68 de Larry Rivers, piĂšce explicitement politique dans Le Cyclop, qui lâa inspirĂ©. Un hommage Ă lâhommage qui sâadapte Ă nos questionnements contemporains, sur les dĂ©rives dâune gouvernance de plus en plus autoritaire, les manifestations dâaujourdâhui plus nombreuses mais qui ne sont plus entendues.
LâĆuvre dâAnchan, artiste slovaque et personnalitĂ© importante du fĂ©minisme et du queer post-soviĂ©tique, introduit une parole intime et politique. Ses projections explorent les marges, les corps en rĂ©sistance et les identitĂ©s minorĂ©es, rappelant que la libertĂ© dâexpression demeure un combat constant contre lâeffacement. Aujourdâhui iel sâest exilĂ©.e en RĂ©publique tchĂšque, car le rĂ©gime slovaque ne lui permet plus de sâexprimer comme iel le souhaite.
Enfin, la performance sonore lumineuse avec Nina Garcia, armĂ©e de sa guitare Ă©lectrique, et vers laquelle convergent une lumiĂšre claquante pensĂ©e par Christophe Cardoen, un jeu de tap dance sur mĂ©tal et miroirs dâAnna GaĂŻotti, un drum de batterie de Romain Simon, une ingĂ©niositĂ© son et lumiĂšre encadrĂ©e par Etienne Foyer, clĂŽt cette traversĂ©e par un cri dâĂ©nergie brute. Ses sons saturĂ©s, improvisĂ©s, deviennent la mĂ©taphore dâune parole qui refuse le silence, dâun geste artistique qui se dĂ©bat dans le bruit du monde.
Lâart peut permettre aux gens de se reconnecter avec eux-mĂȘmes, de se concentrer, de continuer Ă utiliser leur propre imagination, de stimuler leur pensĂ©e. Entre images, sons et gestes, cette programmation pose une question sans rĂ©ponse dĂ©finitive :
La libertĂ© dâexpression existe-t-elle vraiment ou nâest-elle quâun mirage que lâart sâefforce inlassablement de poursuivre ?