Exposition 'FlORes ' , Photographie argentique : une exploration sensible du vivant; Marie Peres- Bligny sur Ouche
"Ma pratique photographique s’articule autour de l’observation des paysages naturels et des formes organiques. J’explore les reliefs, les textures, les lumières changeantes et les rythmes du vivant, en cherchant à révéler les interactions subtiles.
Je travaille en argentique pour sa capacité à restituer la matière et les nuances avec une profondeur particulière. Le grain, les contrastes et la richesse des tonalités traduisent avec sensibilité la texture, la densité ou la vibration. La lenteur du processus — du déclenchement à la révélation en chambre noire — ainsi que la découverte progressive de l’image, instaurent un rapport attentif et contemplatif aux éléments naturels.
Mon intérêt ne s’arrête pas à la prise de vue : je mène des recherches autour du tirage en tant que prolongement de l’expérience sensible de la nature. Je travaille notamment avec des techniques telles que :
• La sérigraphie, pour superposer motifs et textures inspirés du végétal et introduire des variations chromatiques au noir et blanc,
• La superposition, permettant de fusionner différents fragments de paysage et de créer une continuité poétique entre les éléments naturels,
J’ai choisi de présenter ici une seule technique : celle du mouvement de l’agrandisseur en chambre noire. En le déplaçant volontairement au moment de l’exposition, je crée un flou maîtrisé qui permet de suggérer plutôt que de décrire. Ce procédé introduit une part d’incertitude et ouvre un espace d’interprétation. L’image n’est plus strictement figée ; elle devient mouvante, presque organique.
Le flou ne cherche pas à dissimuler, mais à révéler autrement : il permet d’inventer l’image, de la découvrir progressivement. Les contours se fondent, les formes se transforment, laissant émerger une présence plus sensible que descriptive.
J’y intègre également des détails à la feuille d’or, que je viens déposer délicatement sur le tirage. Cette intervention apporte une lumière singulière, presque précieuse, qui capte le regard et magnifie certains fragments du végétal. La feuille d’or agit comme une mise en lumière poétique d’un détail naturel — un éclat, une ligne, une vibration — tout en s’inscrivant dans une recherche d’équilibre visuel. Il ne s’agit pas d’ajouter un ornement, mais de créer une harmonie entre matière photographique et matière lumineuse, afin de préserver la cohérence et la respiration de l’image.
Ces interventions visent à faire de la photographie un espace d’exploration plastique du monde naturel. Chaque tirage devient une pièce unique, où le geste manuel prolonge l’attention portée à la nature et à sa présence sensible.