L’album de Jean et Rose
L’album de Jean et Rose
La galerie Lumière des Roses a pendant 20 ans accumulé une formidable collection de photos vernaculaires, pour vendre mais aussi pour le plaisir de Marion et Philippe Jacquier, à la fois collectionneurs et marchands, constituée de photos auxquelles ils étaient particulièrement attachés, ou qui avaient une valeur esthétique forte.
A la clôture de la galerie, environ 15 000 photos sur une dizaine de thèmes (intimité, histoire, portrait, quotidien, instant décisif, cérémonies, etc) ont été acquises par la fondation Antoine de Galbert et données au musée de Grenoble., inaugurant une collection de photographies vernaculaires dans un musée de Beaux-Arts. Une sélection de ces photos a été présentée aux Rencontres d’Arles de 2025.
L’une des pièces maîtresses de cet ensemble est « l’album de Jean », non présenté à Arles pour des raisons de place. Le musée de Grenoble organise une exposition autour de cet album, en présentant l’ensemble des photographies. Un essai de Michel Frizot , qui s'est penché sur cet ensemble de tirages, sera publiée aux éditions ExB en même temps que l'exposition.
En 1929, Jean a dix-huit ans. Il habite à Paris et travaille dans une société de bourse. Le 11 décembre, il rencontre Rose à la station de métro Saint-Lazare. Elle est venue à Paris pour suivre des cours de coiffure et trois mois plus tard embarque sur un paquebot à destination de Tahiti. Plus d’un an après son départ, Jean reconstitue leur histoire d’amour. Il retourne sur les lieux qu’ils fréquentaient, prend des photographies et trace une croix à l’encre rouge à l’emplacement où elle fut, où elle n’est plus. Parfois il annote les tirages et la fait parler. Il regroupe l’ensemble dans un album destiné à Rose.
Cet objet photographique conçu par un jeune homme fou d’amour est une merveille de poésie. “Regardez ces amateurs dont le seul but est de recueillir un souvenir. Voilà de la photographie pure !” disait André Kertesz à propos de la photographie amateur. Trouvé sur un marché aux puces, c'est un écho à Nadja de Breton, paru en 1928.